Les suces chez les lapins

Après une courte période de cyber-mutisme, j’ai eu envie de revenir au blogging. Ce qui m’y a ramené c’est un évènement qui s’est passé tout récemment dans ma petite famille. Cette anecdote c’est l’histoire d’un petit cœur fort et courageux, comme l’est un bataillon complet de légionnaires surentraînés.

Tout ceci pris son sens au sein même des pages d’une histoire enfantine, celle de Cajoline. C’est le personnage d’un livre qui, le jour, dort dans la bibliothèque de Maïa, mais qui s’active le soir venu, juste avant le dodo. Dans cette histoire, Cajoline abandonne, pour de bon, sa suce. Ce qui la poussa à affronter cette épreuve fut cette mise en scène à propos de lointains lapins qui ont besoin de suces pour entretenir leurs dents (je crois). Il s’agit alors de leur envoyer les précieuses tétines via la bonne vieille poste. Voilà pour le concept.

Voyant que le moment fatidique approchait pour notre petite Maïa, Julie et moi (en fait surtout Julie, c’est elle qui soigne les petits cœurs dans la famille) décidâmes d’appliquer la recette « Cajoline » afin d’atténuer le cruel sevrage des jours à venir. La date a donc été fixé, et elle est maintenant immuable: ce sera le jour de l’emménagement de Maïa dans sa nouvelle chambre. On en parle avec elle, qui acquiesce sans trop comprendre l’enjeu terrible qui se dessine au devant d’elle.

À J-1 on l’averti que le lendemain est la journée de tous les renoncements. Elle semble prête. En fait je me rends compte de plus en plus qu’elle comprend, et qu’elle est déjà à combattre cet exorcisme qui fait rage en elle. Mais c’est au jour-J que j’ai pu apprécier l’extraordinaire déploiement de courage qui émana tous azimuts de mon petit chausson. Julie l’appela et lui demanda d’aller chercher toutes ses suces. Elle obtempéra sans rouspéter. Elle alla même chercher tout son hardware dans une certaine bonne humeur (l’idée d’envoyer tout ça à des lapins devait être amusant et intriguant à la fois). On prépara donc une enveloppe, au creux de laquelle elle déposa délicatement chacune des 6 suces qui ont si longtemps sillés au contact de sa petite langue. Après un petit dessin, esquissé en vitesse, destiné aux lapins, nous nous dirigeâmes vers la boîte aux lettres, pour finalement franchir le point de non-retour. C’est elle qui a posté le colis. Pas une larme, ni de chichi, mais seulement une résignation et une détermination à en faire trembler les épaisses murailles de la citadelle de Québec.

Le soir venu, elle s’est endormie, paisiblement, la bouche libre de tout plastique.

C’est là que je me suis rendu compte que mon petit chausson a grandie. Elle fait déjà face à des compromis, elle fait des choix, les assume, et affronte les tempêtes. Vous savez quoi? Je suis fier d’elle. La façon avec laquelle elle reste en selle peu importe les embûches, me gave de fierté, me rempli d’allégresse et de confiance.

Maïa, avec un sang-froid pareil, je ne me demande pas si tu es prête à affronter la vie, mais je me dis plutôt, que j’espère que la vie a attaché sa tuque bien serrée, car tu sembles bien équipée pour n’en faire qu’une bouchée.

Bravo ma chouette, je t’aime de tout mon cœur.

Papa.

2 réponses à “Du courage d’un petit chausson”

  1. Jean-François Bournival Says:

    Quelle belle histoire, racontée avec un amour affirmé à chaque mot.

    Transmets mes félicitations à Maïa et à Julie.

    Vous formez une très belle et très « courageuse » petite famille.

  2. Charles Says:

    Oui Big, vous formez un groupe de gens courageux.

    Transmets aussi mes félicitations. Vive le blogging!

    Cool la photo… Allo à Maïa!

    Charlie Boy